Conflit Ajavon/Talon, que perd l’économie béninoise?

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Conflit Ajavon/Talon, que perd l’économie béninoise?

Tout a été dit et écrit sur le conflit opposant le Président de la République Patrice Talon au Président du Patronat béninois. Si le volet judiciaire (affaire cocaïne) et le volet politique (opposition de Ajavon et de son parti) ont été largement traité, l’aspect économique des relations tumultueuses entre les deux anciens hommes d’affaires n’a pas été traité. Comme je vous l’avais signalé,mes articles ne seront pas politisé ou militant, parler d’économie est une affaire sérieuse qui ne peut laisser sa place au fanatisme ou à la mauvaise foi. Essayons donc de traiter ce sujet qui déchaine les passions en ne nous concentrant que sur les intérêts du Bénin. Quelles sont les conséquences économiques du conflit opposant ces deux hommes? Quel impact cette affaire a t-elle sur le climat des affaires au Bénin? Décryptage…

1- Les recettes fiscales du Bénin.

Lors des dix dernières années, le Groupe CAJAF COMON a versé entre 20 et 30 Milliards FCFA par an fisc Béninois. Cette somme représente 5% des recettes fiscales moyenne du Bénin La régularité avec laquelle ce groupe verse ses impôts est une bonne nouvelle pour le Budget d’un petit État comme le Bénin qui dépend exclusivement de ses recettes fiscales. Le conflit qui oppose aujourd’hui l’administration Talon au groupe de Ajavon prive l’État de ces recettes. Ce qu’il faut comprendre,c’est que le Groupe Cajaf Comon verse ses taxes essentiellement au service des douanes lors de l’entrée de ses marchandises sur le territoire nationale. Mais depuis près d’un an, le Groupe n’importe plus rien pour deux raisons: premièrement les taxes douanières des produits congelés ont été augmentés passant de 6.5 millions FCFA par conteneur à 10 millions FCFA et enfin le Groupe CAJAF COMON a subi un redressement de 167 milliards FCFA. Le problème, c’est que CAJAF COMON n’est pas la seule société qui importe des produits congelés au Bénin, en effet en augmentant les tarifs douaniers l’État a également déstabilisé la société CDPA de Jean Baptiste Satchivi, ou encore la société SOL DES ANGES. Sachant que le Groupe de Ajavon représentait deux tiers des importations on peut estimer que l’État béninois perd des recettes auprès de ces groupes qui ne peuvent pas réellement profiter des difficultés de leur principale concurrent.

Ainsi l’État perd des milliards dans cette affaire et cela sur plusieurs années. On parle là d’écoles de centre de santé de salaires de fonctionnaires etc…

2- LA QUESTION DES EMPLOIS

Si le nombre exact d’employés du Groupe Cajaf n’est pas connu il tourne entre 2000 et 3000 personnes. La cessation d’activité de ce groupe met donc des milliers de compatriotes au chômage. Mais il n’y a pas que eux qui subissent les conséquences du conflit, les employés licenciés de CDPA pour manque d’activité sont des victimes collatéral de la guerre comme on dit, les transitaires, les transporteurs eux aussi subissent les évènements. Objectivement, il est impossible de donner un nombre exact du nombre de personnes impacté par des évènements qui les dépassent mais avec cette liste vous pouvez facilement vous faire une idée générale.

3- La question des producteurs locaux

Il s’agit du plus grand mythe au sujet des produits congelés, les importateurs nuisent à la production locale et augmenter la taxation des importations boostera le secteur local. Ceux qui véhiculent ces idées oublient un grand détail qui fait toute la différence : si les produits congelés qui viennent du brésil ou d’Europe sont plus compétitif malgré le coût du transport et le prix de la douanes c’est parce que ces filières sont subventionnés par l’État à hauteur de milliards d’euros! CE n’est pas une erreur j’ai parlé de milliards d’euros et non de nos maigres CFA. Le bénin ne sera jamais leader dans ce domaine, ce qui ne veut pas dire que nos producteurs locaux ne vendent pas ce qu’ils produisent, mais comment voulez vous qu’un État qui a du a financer des secteurs prioritaires ait les moyens de subventionner massivement qui que ce soit? Sachant que la majorité des produits importés sont ensuite réexportés vers le Nigéria, le Bénin bénéficie largement de la situation. Le conflit entre Ajavon et Talon ne doit pas induire nos compatriotes en erreur, ne pensez pas que le nouveau business est la production locale car l’État ne vous appuiera pas, et les Nigérians n’achèteront pas vos produits

4- Le climat des affaires au Bénin

Comment investir dans un pays où le Président est en conflit avec le Chef du Patronat? C’est la question que doivent se poser de nombreux hommes d’affaires tentés d’investir au Bénin. Après le conflit Yayi/Talon nous voilà dans l’ère Talon contre Ajavon. Ces dernières années notre pays s’est plus fait remarquer pour les conflits entre président et hommes d’affaires que pour des sujets plus intéressant économiquement. Le sentiment générale est que le Président utilise sa position pour s’accaparer des secteurs les plus juteux du pays et également éliminer ses concurrents. Comment convaincre un étranger d’investir dans un pays ou les Béninois eux même ont peur d’investir?

5- La mauvaise image du Bénin à l’international

L’affaire cocaïne pose un grave problème de crédibilité du Bénin: soit l’affaire est réelle et alors on donne une image de pays au cœur du narco trafique soit Ajavon est innocent et alors se pose le problème du complot,d’un port non sécurisé où le pouvoir peut piéger n’importe qui. Le Bénin a beaucoup bénéficié de son image de modèle de stabilité en Afrique et l’accumulation d’affaires scabreuse nuit fortement à un pays qui n’a ni pétrole ni gaz ni diamant et qui s’appuie énormément sur sa réputation. Les difficultés actuelles de l’État à emprunter sur les marchés en sont la preuve. Depuis un an à chaque fois que le Bénin lance un emprunt obligataire les résultats sont en dessous du montant recherché (exemple la semaine dernière avec seulement 9 milliards récoltés sur 20 milliards demandés). Lorsque deux anciens Présidents de la République se réunissent pour dénoncer la gestion de leur successeur, cela affaibli non seulement le Président mais également l’image du pays surtout lorsqu’il s’agit de deux banquiers de la Banque Mondiale et de la BOAD.

6- La Procédure de Ajavon devant la Cour Africaine

Sébastien Ajavon a assigné l’État devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des peuples, il réclame un montant de 550 milliards de dommages et intérêts. Si l’État Béninois était condamné dans cette affaire, le montant de l’amende risque d’être lourd pour l’État que ce soit au niveau financier comme au niveau de la crédibilité. Comme je l’ai souligné plus haut si la preuve de l’innocence du Groupe Comon était démontré dans l’affaire de cocaïne cela reviendrait à pointer du doigt la théorie du complot et cela nuirait énormément à la crédibilité de notre Port poumon de notre économie.

En conclusion,l’Économie béninoise l’État béninois comme de nombreux citoyens béninois subissent négativement les effets du conflit opposant le Président Talon à son ancien soutien du second tour de la Présidentielle. J’ai vraiment cherché des points positifs dans ce conflit mais à part un profit pour des intérêts personnels et politiques, sur le plan économique il n’y en a pas. Aucun pays n’a réussi à se développer sans entreprises fortes, il reste encore 3 ans au Gouvernement pour trouver les solutions.

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